La mise à mort du mythe

 

Il était un temps où les monstres étaient monstrueux, où les héroïnes hurlaient gourdes qu'elles étaient.

Quand je pense à Dracula, de Bram Stoker, je pense à Willelmina Harker, véritable héroïne du récit, plus encore héroïque que son héros de mari. Stoker s'exprime par la bouche du docteur Van Helsing ainsi : « Ah! Cette Madame Mina, un cœur de femme et un cerveau d'homme. ». L'œuvre a la chance de dater du XIXe les termes clairement sexistes et machistes employés ne sont que le reflet malheureux de mœurs, tout aussi malheureuses, d'une époque. Malgré ces propos, Mina Harker à tout de l'héroïne moderne, femme émancipée, elle sauve son mari, met à profit sa damnation en espionnant Dracula pour le compte de ses amis et finalement vient à bout du non-mort. D'ailleurs celui ci est réellement effrayant et on se surprend aisément à râler contre ce stupide individu de Johnatan Harker qui comprends tout bien trop tard. Si l'épaisseur du volume victorien vous impressionne, voir l'adaptation de Francis Ford Coppola suffira pour saisir mon propos.

Finalement peu importe que le monstre ne soit pas impressionnant, il importe que l'héroïne soit à la hauteur. Ce que je veux dire c'est que cette Bella Swan n'arrivera jamais à la cheville d'une Mina Harker. D'abord et surtout parce qu'elle fait les tâches ménagères sans protester ou demander de l'aide à son père comme si cela lui était une tâche naturelle (certains vont aux toilettes, d'autres font la cuisine) ensuite parce que son père ne lève pas le petit doigt pour l'aider, il rentre du travail se met à l'aise, allume la télé, met ensuite les pieds sous la table et regarde des matchs de baseball. Le pire c'est que la gourgandine se sente redevable puisqu'il à la bonté de l'héberger. Ainsi notre héroïne se satisfait des corvées ménagères pendant que l'homme se divertit. Notons également que lorsqu'elle décide de regarder la télé (ce qui est rare) elle tombe comme par hasard sur une émission culinaire.

Servant les lubies paternalistes et arriérés de l'auteure notre charmante héroïne se rangera à l'avis de son amoureux (et non pas amant, puisque Bella comme Edward resteront vierges jusqu'au mariage) en se mariant à l'age de 18 ans comme si des années d'éducation, de sacrifices et de luttes féministe n'avaient pas existé ou étaient caduques dans le fantasme de l'écrivaine. Quand on lit ça on se demande si les suffragettes n'étaient pas un doux rêve. Le mouvement féministe est né aux États-Unis vers 1848, les américaines (blanches s'entend) obtiennent le droit de vote en 1920.

Bref, tout ça pour dire que l'émancipation de la femme est un combat qui ne date pas d'hier, et pourtant ce genre de bouquin promouvant l'idéal d'une femme attachée à sa cuisine et satisfaite de son sort, déguisant mal une morale chrétienne désuète après presque 50 ans d'amour libre et de tentative d'égalité entre les sexes, arrive à atteindre des records de ventes que je ne m'explique pas. Ce genre de livre est un danger pour toutes les jeunes filles fleur-bleues, qui sous couvert d'un remake assez bidon d'une fable à la Roméo et Juliette, défend les bonnes mœurs d'une femme convaincu que l'homme lui est supérieur. Il n'y a qu'a constater d'ailleurs comment Edward est fort par rapport à Bella, physiquement, mentalement, psychologiquement: il éclate un rocher d'un coup de poing, il est le meilleur dans toute les matières, il ne pleure jamais (oui, il ne peut pas) et maitrise ses émotions, sauf peut-être la colère à laquelle il à le droit de se laisser aller puisqu'il s'agit encore de faire rouler ses muscles et de serrer les dents. Par ailleurs il se comporte comme un père protecteur avec elle ne lui laissant que peu de libre arbitre.

Ce livre n'est pas un exemple isolé, il est le seul cependant qui connaisse un succès si retentissant, et est le reflet morbide de notre société sclérosée ou des femmes choisissent de se marier à 16 ans, de porter un voile intégral parce que selon elles cela préserve leur liberté, de ne pas travailler pour élever leurs enfants. Où est l'égalité des sexes souvent promise et que l'on pensait acquise?


Critique à chaud